Cuisine & rentabilité

Coût matière : le calcul qui décide de vos prix

Le coût matière est le seul coût de votre compte d’exploitation qui passe dans l’assiette. C’est aussi le seul que vous décidez plat par plat, chaque fois que vous écrivez un prix sur la carte. Voici comment le calculer sans se raconter d’histoires.

Par Grégory Artaud  ·  Mis à jour le  ·  8 min de lecture

Le seul coût qui passe dans l’assiette

Le loyer, l'équipe, l'énergie, l’assurance : tout cela se paie, mais rien de tout cela ne se voit dans l’assiette. Le coût matière, si. C’est la part de vos achats — nourriture et boissons — consommée pour produire ce que vous vendez, et c’est le seul poste de charges que vous décidez plat par plat, chaque fois que vous écrivez une recette et un prix.

Il se regarde à deux échelles, et les deux servent :

  • par plat : combien coûte cette assiette, et combien laisse-t-elle ;
  • pour la maison : quelle part du chiffre d’affaires repart chez les fournisseurs.

Les deux calculs se répondent : le premier explique le second. Une maison qui ne connaît que son ratio global sait qu’elle a un problème ; celle qui connaît ses coûts par plat sait .

Le coût d’un plat : tout part de la fiche technique

Le coût d’une portion ne se devine pas, il se construit — et il se construit dans la fiche technique, ligne par ligne : quantité nette servie, rendement du produit, quantité brute à acheter, prix d’achat. On additionne, on ajoute un forfait assaisonnements de 2 à 4 %, et on obtient un chiffre au centime.

Deux rappels qui font la différence entre un chiffre juste et un chiffre flatteur :

  • le rendement : 120 g net d’un produit épluché à 80 % en exigent 150 g bruts, et c’est le brut que vous payez ;
  • les invisibles : l’huile de la poêle, le beurre du montage, le citron, le pain si vous l’offrez. Personne ne les pèse ; un forfait les compte.

Le ratio : hors taxes, des deux côtés

Le ratio d’un plat, c’est son coût matière divisé par son prix de vente hors taxes.

Ratio = coût matière HT ÷ prix de vente HT

Le piège classique est là : vos achats sont comptés HT, mais le prix sur la carte est TTC. En restauration sur place, la TVA est de 10 % sur la nourriture et de 20 % sur les boissons alcoolisées. Un plat vendu 22 € TTC se vend 20 € HT : c’est sur 20 € que le ratio se calcule. Diviser par le TTC embellit le ratio de plusieurs points — et fait paraître saine une carte qui ne l’est pas.

Sur l’exemple d’une fiche à 6,00 € de coût matière pour un plat à 22 € TTC :

Montant
Prix de vente TTC22,00 €
Prix de vente HT (TVA 10 %)20,00 €
Coût matière6,00 €
Ratio matière30 %
Marge brute par assiette14,00 €

Les repères usuels du secteur situent le ratio matière global entre 25 et 35 % du chiffre d’affaires. La fourchette est large parce que les maisons le sont : une cuisine de produit noble vit structurellement plus haut, une carte où les féculents portent les volumes vit plus bas. Le bon ratio n’est pas celui du voisin : c’est celui qui, avec vos charges, laisse un résultat en bas de votre compte d’exploitation.

Le coefficient multiplicateur, et pourquoi il ne suffit pas

L’usage veut qu’on fixe un prix en multipliant le coût matière par un coefficient — 3 à 4 le plus souvent, ce qui revient à viser 25 à 33 % de ratio. C’est un bon point de départ. C’est un mauvais arbitre.

Appliqué aveuglément, le coefficient produit deux absurdités symétriques : il propulse les plats à produit cher au-delà de ce que la salle acceptera, et il brade les plats économiques qui auraient pu laisser davantage. Un risotto à 4,20 € de coût « devrait » se vendre 14 € ; s’il vaut 17 € aux yeux du client, ces 3 € sont à vous.

Le prix final se fixe avec trois regards, dans cet ordre :

  1. le coefficient, pour le plancher : en dessous, le plat ne porte pas sa part de charges ;
  2. le client, pour le plafond : ce que ce plat, dans cette salle, à cette adresse, peut valoir ;
  3. la carte, pour la cohérence : les écarts de prix doivent raconter quelque chose — pas révéler vos coûts d’achat.

Et une fois le prix posé, la décision de mise en avant se prend en euros de marge par assiette, jamais en pourcentage : c’est l’euro qui paie le loyer. Le menu engineering est la méthode qui systématise exactement ce raisonnement.

Le ratio global : la vérité des stocks

Additionner les factures d’achats du mois et diviser par le chiffre d’affaires donne un ratio — faux. Une grosse livraison le 30 du mois, et le ratio explose sans qu’un gramme ait été consommé. Le calcul juste passe par les stocks :

Consommation réelle = stock initial + achats de la période − stock final Ratio global = consommation réelle ÷ chiffre d’affaires HT

C’est la raison d'être de l’inventaire mensuel, même rapide. Et quand le ratio global dérive alors que les fiches sont justes, la différence a un nom : le coulage — pertes, casse, erreurs, offerts non notés, portions qui grossissent en silence. On ne le voit que par écart entre le théorique des fiches et le réel des stocks ; c’est précisément ce qui rend les deux calculs indissociables.

Quand un plat dérive

Le réflexe courant est de monter le prix. C’est la dernière étape, pas la première :

  1. Le produit : le prix d’achat a-t-il monté ? Peut-on renégocier, changer de morceau, de calibre, de saison ?
  2. La garniture : c’est là que dorment les centimes — une garniture de saison bien pensée coûte moins et vaut mieux.
  3. La portion : pesez ce qui part réellement en salle. La dérive de grammage est silencieuse et constante.
  4. Le prix, enfin : sur un plat demandé, une hausse mesurée passe généralement mieux qu’on ne le craint — et mieux qu’une baisse de qualité, qui se voit toujours.

Reste à faire vivre tout cela. Les prix d’achat bougent chaque saison ; un calcul fait une fois est un calcul périmé. Les maisons qui tiennent leurs ratios sont celles qui recalculent peu mais souvent : à chaque carte, et à chaque mercuriale qui bouge.

C’est là qu’une carte en salle change le quotidien. Sur une tablette, ajuster un prix ou mettre un plat à forte marge en lumière prend deux minutes, sans réimprimer, et l’effet se lit dès le service suivant. Le travail fait sur vos fiches cesse d’attendre la prochaine impression pour exister — voyez ce que change une carte en salle, ou ce que cela donne sur le panier moyen.

Un prix de carte n’est pas un coût multiplié par un coefficient : c’est une décision. Le coût matière est ce qui permet de la prendre les yeux ouverts.

Pour aller plus loin : construire des fiches techniques utiles, classer ses plats avec le menu engineering ou une démonstration sur votre propre carte.

Les bonnes questions

Questions fréquentes

Qu’est-ce que le coût matière en restauration ?

C’est le coût des matières premières consommées pour produire ce que vous vendez : pour un plat, le coût des ingrédients d’une portion ; pour la maison, les achats de nourriture et de boissons réellement consommés sur une période. Il s’exprime en euros, ou en pourcentage du chiffre d’affaires — on parle alors de ratio.

Comment calcule-t-on le coût matière d’un plat ?

À partir de la fiche technique : pour chaque ingrédient, la quantité nette servie, corrigée du rendement pour obtenir la quantité brute achetée, multipliée par le prix d’achat. On additionne, on ajoute un forfait assaisonnements de 2 à 4 %, et on divise par le nombre de portions de la recette.

Quel est le bon ratio coût matière pour un restaurant ?

Les repères usuels du secteur se situent entre 25 et 35 % du chiffre d’affaires hors taxes, la fourchette variant selon le type de maison : une cuisine de produit noble vit plus haut, une carte à forte composante féculents plus bas. Le bon ratio est surtout celui qui, avec vos charges à vous, laisse un résultat.

Faut-il calculer le ratio en TTC ou en hors taxes ?

En hors taxes, des deux côtés. Vos achats sont comptés HT, votre prix de vente doit l'être aussi — en restauration sur place, la TVA est de 10 % sur la nourriture et de 20 % sur les boissons alcoolisées. Diviser un coût HT par un prix TTC embellit artificiellement le ratio de plusieurs points.

Qu’est-ce que le coefficient multiplicateur ?

C’est l’inverse du ratio visé : viser 30 % de coût matière revient à multiplier le coût par 3,3 pour obtenir le prix de vente HT. C’est un bon point de départ, à confronter ensuite au regard du client et à la cohérence de la carte — appliqué aveuglément, il rend les plats chers hors de prix et brade les plats économiques.

Pourquoi raisonner en euros de marge plutôt qu’en pourcentage ?

Parce que c’est l’euro qui paie les charges, pas le pourcentage. Un plat à 74 % de marge sur 12 € laisse 8,90 € ; un plat à 62 % sur 26 € laisse 16,20 €. Le pourcentage sert à surveiller les dérives de coût ; la décision de mise en avant se prend sur les euros par assiette.

Comment calculer le ratio matière global de son restaurant ?

Sur une période donnée : stock initial, plus achats de la période, moins stock final — c’est la consommation réelle — divisée par le chiffre d’affaires HT de la même période. Prendre les seules factures d’achats sans les stocks fausse le calcul dès qu’une livraison à cheval sur deux mois s’en mêle.

Que faire quand le ratio d’un plat dérive ?

Chercher la cause avant de toucher au prix : un prix d’achat qui a monté, une portion qui a grossi sans que personne ne le note, des pertes ou de la casse. Ensuite seulement, dans l’ordre : renégocier ou remplacer le produit, ajuster la garniture, revoir la portion, et en dernier recours le prix — une hausse mesurée sur un plat demandé passe généralement mieux qu’on ne le craint.

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Sur une carte en salle, ajuster un prix ou mettre en avant un plat à forte marge prend deux minutes, et se voit dès le service suivant.

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